Pickering Interfaces présente en exclusivité sur Actutem sa stratégie et sa vision du test électronique

  • Dans le cadre d’une interview exclusive pour Actutem, Kyle Voosen, responsable marketing produit TSA chez Pickering Interfaces, présente la stratégie et la vision de l’entreprise britannique en matière de tests et mesures électroniques.

 

1. Votre gamme de produits (instruments ou services) évolue constamment pour répondre aux besoins du monde réel. Selon vous, quelles sont les innovations récentes qui apportent une véritable valeur ajoutée aux utilisateurs dans leur travail quotidien ?

Kyle Voosen : Malgré toutes les avancées dans la génération de code informatique par l’IA et des performances des instruments, le chemin physique du signal reste obstinément critique : relais, connecteurs, câbles, interconnexion de masse, etc. Ces composants déterminent toujours l’intégrité de la mesure, la fiabilité et la facilité de réparation. C’est pourquoi nous avons intégré l’ensemble du chemin du signal dans un seul flux de travail numérique avec Test System Architect (TSA), allant du choix du châssis et du module à la topologie de commutation, la modélisation DUT (Device Under Test pour Objet sous test), les schémas, la conception et la documentation des câblages. Avec TSA, nous réduisons les mauvaises surprises de dernière minute, les tâches d’ingénierie dupliquée, et nous obtenons un système qu’un autre ingénieur pourra comprendre des années plus tard.

plateforme Test System Architect de Pickering Interfaces
La plateforme Test System Architect propose un ensemble d’outils graphiques accessible gratuitement en ligne conçu pour faciliter la conception des chemins de signaux dans les systèmes de test automatisés.

2. Nous voyons de plus en plus d’applications liées à la 6G, NTN, aux véhicules électriques et à l’IA. Comment votre gamme de produits s’adapte-t-elle à ces nouveaux défis technologiques ?

Kyle Voosen : La validation et le test des dernières technologies soulève généralement les mêmes types de questions : puis-je acheminer des signaux de plus faible niveau avec précision, commuter une puissance plus élevée en toute sécurité et gérer plus de canaux dans moins d’espace ?

Pour les tests de semi-conducteurs et de composants d’IA, nos produits de commutation avec garde maintiennent une isolation jusqu’à 10 000 milliards d’Ohms pour des mesures de faibles courants de fuite.

Pour les tests de véhicules électriques (EV) et d’électronique de puissance, la nouvelle famille 60-191 permet de commuter jusqu’à 80 A et 300 V tout en fournissant des chemins de détection de courant faible.

Pour une densité accrue, notre dernier châssis LXI/USB 60-107 à 12 emplacements offre la densité de modules PXI la plus élevée de l’industrie, avec seulement 2U.

Pour les réseaux 6G et non terrestres, nous continuons d’élargir notre catalogue de produits de commutation RF et micro-ondes.

Les clients devraient pouvoir intégrer ces fonctionnalités aux instruments qu’ils possèdent déjà. Un système mixte de fournisseurs est souvent la solution la plus pertinente ; nous n’avons aucun intérêt à imposer le remplacement complet d’une plateforme de test.

modules de commutation LXI au format 4U de la série 60-191 de Pickering Interfaces
Modules de commutation LXI au format 4U de la série 60-191 conçus pour la gestion des alimentations électriques dans les bancs de test automatisés.

3. Les utilisateurs parlent souvent de la complexité croissante des systèmes de test. La facilité d’utilisation est-elle une priorité dans votre processus de développement ? Comment cela est-il réalisé ?

Kyle Voosen : Absolument. Mais la facilité d’utilisation ne doit pas signifier cacher l’ingénierie jusqu’à ce qu’elle ne vous crée des surprises. Chez Pickering, nous commençons avec des standards ouverts comme PXI et LXI, fournissons des pilotes pour tous les grands langages de programmation et systèmes d’exploitation, et évitons de faire d’un environnement logiciel propriétaire le prix d’entrée.

Notre « Test System Architect » s’attaque au problème le plus difficile : simplifier l’ensemble du chemin du signal. Il rassemble le châssis, les instruments, la commutation, la connexion à l’objet sous test (DUT), les câbles et la documentation dans un seul modèle afin que les équipes puissent détecter les erreurs avant même de commander le matériel. L’IA facilitera la génération de code, mais le code n’est qu’une couche d’un système de test automatique. Nos utilisateurs doivent toujours savoir où va chaque signal et s’il arrivera intact.

4. De plus en plus de clients recherchent des solutions complètes offrant une véritable intégration matériel-logiciel. Comment répondez-vous à cette demande de systèmes clés en main ?

Kyle Voosen : Je contesterais le mot « clés en main ». Tout ingénieur de test a besoin d’un système complet, mais les systèmes de test automatique standard prêts à l’emploi sont rares car les objets sous test (DUT), les processus de production, les exigences de sécurité et les équipements existants diffèrent d’un client à l’autre. Ce que les fournisseurs appellent souvent « clés en main » n’est en réalité qu’un point de départ de niveau supérieur auquel vient s’ajouter de l’ingénierie sur mesure. Le rôle de Pickering n’est pas de maîtriser chaque couche de la solution. Nous fournissons la commutation, la simulation de signaux, la connectivité, le diagnostic et les outils de conception qui permettent à un intégrateur ou une équipe de test interne de parvenir à une solution complète plus rapidement et à moindre risques. Cela inclut des modules PXI et LXI standards, des variantes personnalisées, la connectivité, et le « Test System Architect » qui constitue un environnement de conception partagé. Nous travaillons également volontiers aux côtés de NI, Keysight et d’autres fournisseurs. Les clients devraient pouvoir choisir le meilleur instrument pour chaque tâche plutôt que d’acheter une plateforme complète simplement parce qu’elle porte un logo donné.

5. Au-delà des instruments eux-mêmes, comment votre entreprise accompagne-t-elle ses clients dans la prise en mains opérationnelle de vos solutions ?

Kyle Voosen : Le support est l’un de ces domaines où la taille et l’actionnariat de Pickering sont un avantage. Les ingénieurs peuvent échanger avec un ingénieur d’applications de Pickering sans devoir souscrire au préalable un contrat de support, et nous apporterons notre aide avant, pendant et après la vente. Nous pouvons également concevoir des câbles et des systèmes de commutation personnalisés lorsqu’un de nos produits standard est proche mais pas tout à fait parfait.

Plus important encore, nous raisonnons à l’échelle de décennies. Certains programmes aérospatiaux et de défense ont besoin de capacités de test pendant 30, 40, voire 50 ans. Pickering fabrique et prend toujours en charge des modules PXI sortis pour la première fois en 1998, ce qui montre que le « support à long terme » est bien plus qu’un simple slogan pour nous.

Des outils comme BIRST et eBIRST diagnostiquent les pannes jusqu’au niveau des relais, tandis qu’une bonne documentation et notre « Test System Architect » permettent de conserver un système compréhensible. Je pense qu’un banc de test réparable et bien documenté a bien plus de valeur qu’un système sophistiqué que personne ne peut maintenir.

Pickering test eBirst
eBIRST propose une palette d’outils de test de diagnostic des systèmes de commutation.

6. Comment pourriez-vous décrire la position de votre entreprise sur le marché des instruments de test et de mesure aujourd’hui ? Quels sont vos points forts et vos éléments de différenciation par rapport à vos concurrents ?


Kyle Voosen : Nous occupons une position bien déterminée : nous sommes les experts du chemin du signal. Nous disposons d’une expertise étendue et approfondie dans les domaines de la commutation, de la simulation de signaux, de la connectivité, des câbles et du diagnostic.

Notre deuxième élément différenciateur est notre horizon temporel. Nous sommes une entreprise familiale, et donc un produit n’a pas à se justifier chaque trimestre. Nous pouvons soutenir des cycles de vie longs, personnaliser de petits volumes et offrir un soutien direct et gratuit aux ingénieurs. Dans des régions comme la France, avec un programme aérospatial, de défense, ferroviaire et nucléaire solide, cette vision à long terme est précieuse.

Enfin, nous sommes aussi neutres vis-à-vis des fournisseurs : nos produits peuvent s’intégrer dans des systèmes mixtes. Nous disons que nous valorisons l’ouverture, cela signifie que nos clients peuvent modifier une partie de leurs systèmes sans avoir à demander la permission de tout repenser.

7. Quels sont, selon vous, les principaux mouvements ou tendances qui influenceront le marché des instruments de test et de mesure dans les 3 à 5 prochaines années ?

Kyle Voosen : L’IA va transformer l’ingénierie du test, mais probablement pas de la manière que laisse entendre le marketing le plus bruyant. Le premier domaine spécialisé automatisé par l’IA était la science des données : les outils organisent, contextualisent et analysent désormais facilement les résultats des tests, rendant les rapports et l’analyse des tendances beaucoup plus faciles. Ensuite, vient le développement logiciel, où la génération de séquences de test et de code devient courante, quel que soit le langage de programmation choisi par nos clients. Les workflows VHDL et EDA suivront. Pour être clair, cette automatisation n’élimine pas le besoin d’ingénieurs de test expérimentés, mais elle recentre leur rôle. Les compétences rares concernent la compréhension de l’objet sous test (DUT), la détermination de ce qui doit être testé, la définition de limites significatives et la protection de l’intégrité des mesures au travers de l’ensemble du chemin du signal.

Parallèlement, des budgets plus serrés et les contraintes pesant sur les chaînes d’approvisionnement imposent plus de modularité, des systèmes mixtes et la réutilisation. Le gagnant ne sera pas le fournisseur ayant le plus misé sur l’IA dans son image de marque. Ce sera l’écosystème capable de transformer l’intention technique en un système de test documenté et utilisable, sans enfermer le client dans une seule plateforme matérielle et logicielle.

8. Dans votre approche de l’innovation, comment identifiez-vous les technologies émergentes qui deviendront critiques pour vos clients ?


Kyle Voosen : Nous n’avons pas une tour d’ivoire depuis laquelle nous serions capables de prédire chaque marché, mais Pickering a construit une organisation réactive et rapide avec des briques technologiques réutilisables permettant de répondre aux nouveaux besoins des clients. La plupart des bonnes idées arrivent sous la forme d’un problème rencontré par un client. Nos ingénieurs commerciaux et d’application identifient les cas où les produits sont juste à court : une mauvaise topologie, un courant de fuite trop élevé, une tension trop basse, une densité insuffisante, etc. Nous analysons ces tendances communes entre clients et régions, puis décidons si la solution est un nouveau produit standard, une variante personnalisée ou un outil logiciel. Le fait de maîtriser notre ingénierie et notre fabrication nous permet de répondre plus rapidement qu’une grande entreprise cotée avec un processus de portefeuille rigide. Nous restons également proches des organismes de normalisation et des partenaires car aucune entreprise ne peut avoir une vision complète de l’ensemble du système.

9. Quels changements avez-vous observés dans les attentes ou les pratiques de vos clients ces dernières années ? Comment cela influence-t-il vos choix de produits et de services ?

Kyle Voosen : Les clients sont plus soucieux des coûts et moins enclins à remplacer du matériel fonctionnel simplement pour rester dans l’écosystème préféré d’un fournisseur. Cela est particulièrement visible dans l’automobile, où les programmes sont sous pression même si les exigences de tests concernant les véhicules électriques et l’électronique de puissance deviennent plus strictes. Les perturbations de la chaîne d’approvisionnement ont également changé la donne : la disponibilité, les secondes sources, la réparabilité et les engagements en matière du cycle de vie comptent désormais autant que les spécifications. Nous y répondons en maintenant les produits disponibles, en supportant les systèmes mixtes, en proposant des mises à niveau compatibles, et en utilisant PXI et LXI afin que les ingénieurs puissent remplacer des modules plutôt que des bancs de test entiers. Les clients s’attendent également à ce que le travail de conception soit collaboratif et traçable. Un tableur, un schéma bloc et un dessin de câblage gérés séparément ne suffisent plus. « Test System Architect » crée une source d’information de référence unique et partagée.

10. Voyez-vous des différences significatives entre les marchés ou secteurs industriels que vous servez ? Y a-t-il des régions ou des applications où vous observez des dynamiques particulières ?

Kyle Voosen : Oui, les dynamiques diffèrent. La France est particulièrement intéressante car les secteurs de l’aéronautique, de la défense, du spatial, du ferroviaire, de l’énergie et de l’automobile ont des cultures de test fortes mais différentes. L’aéronautique et la défense accélèrent la production à un rythme comparable à celui de l’industrie commerciale, tout en refusant de compromettre la sécurité, la traçabilité ou la longévité des bancs de test. Cela privilégie les architectures modulaires, les diagnostics ainsi que les produits qui seront encore pris en charge dans des décennies.

Les chaînes d’approvisionnement se sont fragmentées à mesure que les gouvernements et les fabricants privilégient la souveraineté, ce qui a créé davantage d’intégration locale et de requalification. L’automobile est davantage contrainte en coût, donc la réutilisation et les mises à niveau ciblées sont souvent préférées au remplacement complet.

Pickering est particulièrement bien positionnée pour faire évoluer les systèmes de test HIL et de test de production existants en leur ajoutant des voies supplémentaires, des fonctions d’insertion de défauts et de la densité. L’activité dans les semi-conducteurs est tirée par l’infrastructure IA, l’électrification et les efforts européens pour renforcer les capacités nationales, créant une demande pour des solutions de commutation à faible courant de fuite et à forte densité. Le fil conducteur est la résilience. D’après mon expérience, les ingénieurs de test français sont techniquement rigoureux et à juste titre sceptiques envers les systèmes fermés. Ils veulent des performances, mais aussi la liberté de maintenir et de faire évoluer leurs bancs de test automatisés au fil du temps.