- Après deux ans de retard sur le calendrier initial, le fabricant taïwanais ProLogium Technology a officiellement lancé la construction de sa gigafactory de batteries semi-solides à Dunkerque, dans les Hauts-de-France.
- Ce projet, doté d’un investissement total de 5,2 milliards d’euros (dont 1,5 milliard d’aides publiques), s’inscrit dans la dynamique de structuration d’une « Vallée européenne de la batterie » et vise à renforcer la souveraineté industrielle de l’Europe dans le domaine de la mobilité électrique.
- Cette nouvelle usine, située à proximité immédiate de la gigafactory de Verkor (inaugurée le 11 décembre 2025), devient la quatrième du genre dans les Hauts-de-France, confirmant le positionnement de la région comme un pôle majeur de production de batteries pour véhicules électriques en Europe.
Initialement prévu pour démarrer en 2024, le chantier de ProLogium a connu des retards administratifs et financiers, repoussant la pose de la première pierre au 10 février 2026. Malgré ce contretemps, Vincent Yang, fondateur et PDG de ProLogium, se montre optimiste : « Ça vaut la peine d’attendre. À partir d’aujourd’hui, nous avançons selon un calendrier clair, avec des jalons définis jusqu’au démarrage de la production et à la montée en cadence. »
Le site, installé sur un terrain de 100 hectares à Craywick, près de Dunkerque, devrait commencer sa production à grande échelle en 2028, avec une capacité initiale de 0,8 GWh, suffisante pour équiper 8 000 véhicules électriques. La montée en puissance se fera progressivement, pour atteindre 4 GWh en 2030, puis 12 GWh en 2032, avec un objectif ultime de 48 GWh à plus long terme. À pleine capacité, l’usine pourrait fournir des batteries pour 500 000 à 600 000 véhicules électriques par an.
Les effectifs devraient passer de 350 employés au démarrage à 3 000 collaborateurs d’ici 2032, générant ainsi des milliards d’euros d’investissements et des milliards d’euros de retombées économiques locales.
Fabrication de batteries semi-solides
ProLogium mise sur une technologie de batteries lithium-céramique à électrolyte semi-solide, présentée comme une alternative plus sûre et plus performante que les batteries lithium-ion classiques. Calvin Hsieh, directeur de la gigafactory, explique : « Nous avons eu besoin de ce temps pour consolider notre technologie en laboratoire et mettre au point la quatrième génération de nos batteries à haute densité énergétique, sûres et permettant une recharge rapide. » Ces batteries offriront plusieurs avantages :
- Une meilleure densité énergétique, permettant une autonomie accrue pour les véhicules électriques.
- Une recharge plus rapide, réduisant les temps d’attente.
- Une sécurité renforcée, grâce à un électrolyte 100 % inorganique, moins inflammable que les électrolytes liquides traditionnels.
Un projet stratégique pour l’Europe et les Hauts-de-France
L’implantation de ProLogium à Dunkerque marque une étape clé dans la localisation progressive de la chaîne de valeur des batteries en Europe. Jusqu’à présent, le continent dépendait largement des importations asiatiques pour ses besoins en batteries, un secteur dominé par la Chine, la Corée du Sud et le Japon.
Avec cette nouvelle usine, l’Europe renforce sa souveraineté industrielle et réduit sa dépendance aux acteurs asiatiques. ProLogium prévoit de fabriquer une partie de ses composants en Europe, améliorant ainsi la traçabilité et la résilience de sa chaîne d’approvisionnement.
Un calendrier de déploiement progressif
Le projet de ProLogium s’appuie sur la feuille de route suivante :
- 2023 : Obtention des subventions de l’État français (1,4 milliard d’euros).
- 2025 : Acquisition des autorisations environnementales et du permis de construire.
- 2026 : Lancement officiel du chantier.
- 2028 : Début de la production (Phase 1, 0,8 GWh).
- 2029 : Montée en cadence.
- 2030 : Pleine capacité de la Phase 1 (4 GWh).
- 2032 : Atteinte de la capacité totale de 12 GWh.
ProLogium s’appuie sur l’expérience acquise avec son usine de Taoyuan (Taïwan), opérationnelle depuis 2024, qui a déjà produit plus de 600 000 cellules de batteries. Cette expertise industrielle permet d’accélérer la mise en service de l’usine française.
Des batteries pour l’automobile et au-delà
Bien que l’usine de Dunkerque soit principalement destinée à la production de batteries pour véhicules électriques, ProLogium envisage d’étendre ses applications à d’autres secteurs, comme les supercars, les véhicules premium et les véhicules généralistes. Le fabricant taïwanais compte également séduire d’autres industries, comme l’aéronautique ou le stockage stationnaire d’énergie.
Malgré un contexte de faible demande européenne pour les véhicules électriques, ProLogium reste confiant, grâce à ses partenariats stratégiques avec des constructeurs automobiles comme Mercedes-Benz et VinFast, qui sont également actionnaires de l’entreprise.
Les Hauts-de-France, un pôle européen des batteries
Avec l’arrivée de ProLogium, les Hauts-de-France confirment leur statut de premier pôle français et l’un des principaux pôles européens pour la production de batteries destinées aux véhicules électriques. La région accueille déjà trois autres gigafactories :
- ACC (Automotive Cells Company), en partenariat avec Stellantis et TotalEnergies.
- AESC, filiale de Renault et Envision.
- Verkor, dont l’usine a été inaugurée en décembre 2025.
Cette concentration d’usines permet à la France de renforcer sa position dans la transition énergétique et de réduire sa dépendance aux importations de batteries asiatiques.
Perspectives économiques et industrielles
Le projet de ProLogium devrait créer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects dans le bassin dunkerquois. Cependant, les retombées économiques dépendront du rythme de montée en puissance de l’usine, un défi déjà observé chez d’autres acteurs comme ACC, où la production a connu des difficultés initiales.
Si les objectifs sont atteints, Dunkerque pourrait s’imposer comme l’un des centres névralgiques de la production européenne de batteries pour véhicules électriques, contribuant ainsi à la transition énergétique et à la souveraineté industrielle de l’Europe.






