Drapeau européen (UE) et drapeau chinois

L’industrie européenne confrontée à une concurrence chinoise croissante

  • L’industrie européenne fait face à une pression concurrentielle accrue de la part de la Chine, qui ne se limite plus à des secteurs spécifiques, mais menace désormais le cœur productif de l’Europe.
  • Une analyse récente du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan révèle que cette concurrence, autrefois sectorielle, est devenue systémique, exposant les industries européennes sur leurs marchés d’exportation comme sur leur marché intérieur.
  • Ce diagnostic met en lumière la nécessité d’un changement de paradigme dans la réponse européenne.

 

Une concurrence chinoise devenue systémique

Depuis les années 2010, la Chine a réorienté sa politique industrielle pour se positionner sur des secteurs à forte valeur ajoutée, tels que les véhicules électriques, les batteries, les machines-outils, la pharmacie et la robotique. Aujourd’hui, la Chine représente près d’un tiers de la production manufacturière mondiale, contre environ 15 % pour l’Union européenne, et affiche des excédents commerciaux manufacturiers records.

Cette montée en puissance se traduit par une pression directe sur les industries européennes, tant sur les marchés tiers que sur le marché intérieur. Selon l’étude, les principales économies industrielles européennes (Allemagne, France, Italie) voient plus de 25 % de leurs parts d’exportation menacées. Sur le marché intérieur, jusqu’à 55 % de la production manufacturière européenne pourrait être exposée à une concurrence chinoise difficilement soutenable à moyen terme. Cette exposition varie selon les pays : 70 % en Allemagne, 60 % en Italie, 50 % en Espagne et 36 % en France.
Ces dynamiques exposent l’industrie européenne à un risque durable de perte de capacités productives, d’emplois industriels et de maîtrise technologique.

L’automobile, un secteur emblématique de la concurrence chinoise

Le secteur automobile illustre particulièrement ce basculement industriel. La Chine concentre désormais près de 40 % de la production mondiale de voitures particulières et s’est imposée comme le premier exportateur mondial, notamment dans les véhicules électriques. À l’inverse, les excédents commerciaux automobiles européens, en particulier allemands, se contractent fortement. Près de 13 millions d’emplois directs et indirects sont exposés dans la filière automobile européenne. En Allemagne, les destructions nettes d’emplois industriels se sont accélérées depuis 2024.

Des écarts de coûts de production difficiles à compenser

Les industriels européens estiment que les écarts de coûts de production entre la Chine et l’Europe se situent entre 30 % et 40 %, selon les secteurs. Ces écarts s’expliquent par plusieurs facteurs structurels :

  • Un accès privilégié au crédit pour les entreprises chinoises.
  • Un foncier industriel à bas coût.
  • Des prix de l’énergie plus faibles.
  • Un cadre social et environnemental moins exigeant.
  • Des subventions publiques massives.
  • Un effort d’investissement exceptionnellement élevé.
  • Une concurrence intense sur le marché chinois.
  • Une montée en gamme technologique rapide.
  • Des effets d’échelle liés à des chaînes de valeur fortement intégrées.
  • Une sous-évaluation persistante du taux de change.

 
Ces éléments confèrent à la Chine un avantage compétitif durable, difficilement réplicable à court terme par l’industrie européenne.

Deux options stratégiques pour l’Europe

Face à cette concurrence systémique, l’Europe doit revoir ses instruments de défense commerciale, qui ne suffisent plus à contrer une dynamique concurrentielle aussi puissante. Le rapport du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan propose deux options stratégiques pour neutraliser les écarts de compétitivité :

  1. La mise en place d’un droit de douane général de l’ordre de 30 % sur les importations chinoises.
  2. Une dépréciation de l’euro de 20 % à 30 % par rapport au renminbi, la monnaie chinoise.

 
Ces mesures s’inscriraient dans un agenda européen plus large, incluant une stratégie d’innovation et d’investissement accrus, ainsi qu’une simplification des processus de production.

Comme le souligne Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et à la Plan : « La concurrence chinoise menace désormais le cœur productif de l’Europe. Ce rapport montre que nous ne sommes plus face à un choc sectoriel, mais à une dynamique systémique qui appelle un changement profond de logiciel au niveau européen. » Il ajoute que « l’Europe risque de tomber dans le piège du « il y a moins bien, mais c’est plus cher » face à des coûts de production plus bas, une monnaie sous-évaluée et une qualité au moins équivalente du côté chinois. »

Pour éviter une spirale de destruction destructrice, où des pans entiers de l’industrie européenne s’effondreraient en quelques années, l’Union européenne doit réviser ses politiques et préparer des réponses structurelles. Une protection commerciale renforcée est jugée urgente et vitale, mais elle doit s’accompagner d’un agenda de productivité global, incluant des réformes structurelles (retraites, intelligence artificielle, investissements) pour assurer un sursaut économique et industriel durable.
 
Source :
Rapport « L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois »
Publié par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.
Auteurs : Thomas Grjebine, Pacôme Lefebvre et Mattéo Torres.