Drapeau européen (UE) et drapeau chinois

Quels sont les secteurs industriels les plus touchés par la concurrence chinoise en Europe ?

  • Les secteurs les plus exposés à la concurrence chinoise en Europe sont ceux où la Chine a investi massivement dans des technologies de pointe et où elle bénéficie d’un avantage compétitif structurel (coûts de production, subventions, intégration verticale).
  • Voici les principaux secteurs identifiés dans les analyses du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.

 

1. Automobile (véhicules électriques en tête)

• Part de marché chinoise : La Chine représente près de 40 % de la production mondiale de voitures particulières et est devenue le premier exportateur mondial de véhicules électriques (VE).

• Impact sur l’Europe :
◦ Perte de parts de marché : Les constructeurs européens (notamment allemands) voient leurs excédents commerciaux se réduire, tandis que les VE chinois gagnent du terrain en Europe grâce à des prix compétitifs et une qualité équivalente (voire supérieure sur certains modèles).
◦ Menace sur l’emploi : Environ 13 millions d’emplois directs et indirects dans la filière automobile européenne sont exposés. En Allemagne, 240 000 emplois industriels ont été perdus depuis 2024.
◦ Dépendance technologique : La Chine domine la production de batteries et de composants clés (moteurs électriques, électronique embarquée), ce qui fragilise l’autonomie industrielle européenne.

2. Batteries et énergie

• Contexte : La Chine contrôle plus de 80 % de la production mondiale de batteries lithium-ion, un composant critique pour les VE et le stockage d’énergie.

• Conséquences pour l’Europe :
◦ Dépendance aux importations : Les fabricants européens de batteries peinent à rivaliser avec les coûts de production chinois, soutenus par des subventions massives et un accès privilégié aux matières premières (lithium, cobalt).
◦ Risque de désindustrialisation : Sans mesures protectrices, l’Europe pourrait perdre sa capacité à produire des batteries localement, ce qui affaiblirait sa souveraineté énergétique.

3. Machines-outils et équipement industriel

• Position chinoise : La Chine est devenue un acteur majeur dans la fabrication de machines-outils (fraiseuses, tours CNC, robots industriels, découpe laser), avec des prix 30 à 40 % inférieurs à ceux des concurrents européens.

• Enjeux pour l’Europe :
◦ Concurrence sur les marchés tiers : Les exportations européennes de machines-outils (notamment allemandes et italiennes) sont menacées par des produits chinois moins chers mais de qualité comparable.
◦ Impact sur l’innovation : Les PME européennes, spécialisées dans des niches haut de gamme, pourraient être marginalisées si la Chine monte en gamme dans ce secteur.

4. Chimie et pharmacie

• Dynamique chinoise : La Chine a développé une industrie chimique et pharmaceutique compétitive, avec des capacités de production beaucoup moins chères que celles de l’Europe.

• Risques pour l’UE :
◦ Délocalisation des productions : Les laboratoires pharmaceutiques européens pourraient être incités à externaliser une partie de leur production en Chine pour réduire les coûts.
◦ Dépendance aux principes actifs : L’Europe importe déjà une grande partie de ses médicaments génériques et principes actifs depuis la Chine. Une dépendance accrue poserait des risques sanitaires et stratégiques.

5. Robotique et automatisation

• Avance chinoise : La Chine investit massivement dans la robotique industrielle et les systèmes automatisés, avec des coûts de production inférieurs de 30 à 50 % à ceux de l’Europe.

• Conséquences :
◦ Concurrence sur les marchés domestiques : Les intégrateurs européens de robots (comme KUKA en Allemagne) pourraient perdre des parts de marché face à des solutions chinoises moins chères.
◦ Menace sur l’innovation : La Chine rattrape rapidement son retard technologique, notamment dans les cobots (robots collaboratifs) et les systèmes d’IA industrielle.

Mesures proposées pour renforcer la compétitivité européenne

Face à cette concurrence systémique, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan et Clément Beaune proposent un changement de paradigme pour l’Europe, articulé autour de deux axes principaux :

1. Protection commerciale renforcée
• Droit de douane généralisé de 30 % sur les importations chinoises :
◦ Objectif : Rééquilibrer les coûts de production entre l’Europe et la Chine en neutralisant l’avantage prix des produits chinois.
◦ Justification : Les instruments actuels (comme les droits anti-dumping) sont insuffisants pour contrer une concurrence aussi massive et structurée.
◦ Risques : Une telle mesure pourrait provoquer des représailles commerciales de la Chine, mais elle est jugée nécessaire pour protéger les industries européennes.

• Dépréciation contrôlée de l’euro (20 à 30 %) face au renminbi, la monnaie chinoise :
◦ Mécanisme : Une coordination avec la Banque centrale européenne (BCE) pour ajuster le taux de change et réduire le coût relatif des exportations européennes.
◦ Avantage : Cela permettrait de rendre les produits européens plus compétitifs sur les marchés tiers sans dépendre uniquement de mesures tarifaires.

2. Agenda de productivité et d’investissement
• Simplification administrative et fiscale :
◦ Réforme des procédures pour accélérer les autorisations industrielles et réduire les coûts réglementaires (normes environnementales, sociales, etc.).
◦ Incitations fiscales pour les investissements dans l’innovation et la modernisation des usines.

• Investissements massifs dans l’innovation :
◦ Soutien aux filières stratégiques (batteries, semi-conducteurs, hydrogène) via des subventions ciblées et des partenariats public-privé.
◦ Développement de l’IA et de la robotique pour améliorer la productivité des usines européennes.

• Réforme du marché du travail :
◦ Adaptation des formations aux besoins des industries (ex : compétences en robotique, maintenance des VE).
◦ Flexibilisation des retraites pour maintenir une main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs en tension.

• Relocalisation partielle des chaînes de valeur :
◦ Réduction de la dépendance aux importations chinoises pour les composants critiques (batteries, principes actifs pharmaceutiques, semi-conducteurs).
◦ Soutien aux PME pour qu’elles puissent investir dans des technologies compétitives.

Un débat européen urgent

Ces propositions soulèvent des questions politiques et économiques majeures :

• Faut-il adopter une approche protectionniste au risque de fragiliser les échanges commerciaux mondiaux ?
• Comment concilier compétitivité industrielle et transition écologique, alors que la Chine bénéficie de normes environnementales moins strictes ?
• Les États membres de l’UE parviendront-ils à s’accorder sur des mesures aussi radicales, alors que leurs intérêts industriels divergent (ex : l’Allemagne, très exposée, vs. des pays moins industrialisés) ?

Pour Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et à la Plan, l’urgence est claire : « L’Europe doit ouvrir les yeux. Une protection massive est vitale, mais elle ne suffira pas. Il nous faut aussi un agenda de productivité global : protection, simplification, production, travail et investissement. »
 
Source :
Rapport « L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois »
Publié par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.
Auteurs : Thomas Grjebine, Pacôme Lefebvre et Mattéo Torres.